Piété populaire: prière du coeur des petits

PIÉTÉ POPULAIRE: PRIÈRE DU COEUR DES PETITS

 

En préparation du synode de cette année sur le thème : la foi, les jeunes et le discernement vocationnel, nous avons voulu découvrir le lien qu’il pourrait y avoir avec la piété populaire. Une préoccupation plus qu’actuelle aujourd’hui et si chère au cœur du Pape François qui déclare que la piété populaire est un «trésor de l’Église». Pour mieux découvrir les richesses de ce bien précieux, j’ai pris le temps de sonder le terrain auprès de jeunes croyants. Nous nous sommes interrogés à savoir si la piété populaire aide dans la découverte de la foi et si elle peut nous soutenir pour mieux vivre notre vie spirituelle et cheminer dans un parcours de discernement vocationnel.

La piété populaire est très présente dans notre vie sans que nous en soyons pleinement conscients. La récitation du chapelet, les neuvaines, les visites au Saint Sacrement, entre autres, sont des motifs d’expression de notre foi. La piété engage les sens, les sentiments, les symboles des différentes cultures nous aidant ainsi à transmettre la foi au monde. Telle est la force de la piété populaire qui invite d’abord à l’unité dans la diversité.

Si la piété populaire nous touche autant, c’est qu’elle est la prière des pauvres, des gens simples, des humbles et des petits. Cette prière devient intimité profonde et relation intense avec le Seigneur puisqu’on ne peut pas s’y adonner avec un cœur fier et ambitieux, mais avec une grande simplicité.

Les diverses pratiques de la dévotion populaire, quoique souvent vécues personnellement, sont aussi des appels à l’ouverture et à la communion à l’autre. C’est pourquoi nous sommes invités à nous rassembler pour exprimer différemment notre adoration de Dieu. Cette présence des autres devient un stimulant pour notre foi. Il faut faire attention à ne pas s’enfermer dans une pratique qui nous restreint à une satisfaction personnelle et une sûreté bien gardée. Tous ceux et celles qui nous entourent apportent quelque chose de précieux qui construit le Royaume de Dieu. Ne nous en privons pas! « Telle est l’Église : une grande richesse et variété d’expressions où tout est reconduit à l’unité; la diversité reconduit à l’unité et l’unité est la rencontre avec le Christ! » (Pape François)

La dévotion donne du sens à ce que nous découvrons du mystère de Dieu et la force d’en être témoin. Elle est une aide dans la faiblesse et nous permet de constater les merveilles que le Seigneur fait dans la vie et le cœur de chacun. Pour mieux arriver au but ultime d’une relation avec Dieu, il nous faut parfois des intermédiaires, le plus souvent étant les saints. Au Québec, des modèles forts demeurent incontournables dont le père nourricier de Jésus, le bon saint Joseph et la Vierge Marie, Mère de Dieu. Au début d’un cheminement de foi, il est parfois plus facile de s’identifier à eux. Si la dévotion est véritable, elle ne pourra que nous conduire au Christ.

Si la piété populaire a longtemps été banalisée par une approche trop « cérébrale » de la foi chrétienne, il n’en demeure pas moins qu’elle reprend peu à peu sa vraie place dans les cœurs. Dans notre quête de Dieu, d’infini, même si la piété n’est pas toujours au premier plan, il n’en demeure pas moins qu’elle nous permet de ne pas abandonner le chemin de la foi. Dans un parcours spirituel, des questionnements s’imposent afin de mieux apprécier le mystère divin. « Crois et tu comprendras; la foi précède, l’intelligence suit », nous dit saint Augustin. C’est pourquoi, il ne faut pas non plus négliger l’un deux: foi et intelligence. La foi pure et sincère nous amène à mieux comprendre et s’extasier devant les merveilles de Dieu.

« La piété populaire est un précieux trésor de l’Église, si elle est vécue en son sein, elle est une manière légitime de vivre la foi » (Pape François). Malgré toutes les beautés de cette pratique du coeur, la piété populaire a ses faiblesses humaines. Il peut même arriver que l’on en vienne à la mélanger avec la superstition. C’est là que nous devons user de prudence et agir avec discernement. Car « la piété populaire doit avoir une « empreinte biblique » et porter la marque des grands thèmes du mystère chrétien ».1 En se référant souvent à l’Écriture sainte et à son usage constant, on ne risque pas de tomber dans une forme excessive et exubérante de la piété populaire.

Ce que nous pouvons retenir c’est que la piété populaire est une voie qui conduit à l’essentiel si elle est vécue en profonde communion avec l’Église et ses pasteurs. Et comme le dit si bien Benoît XVI, « à travers la piété populaire, la foi est entrée dans le cœur des hommes ». Rendons grâce à Dieu!

 La piété populaire au Canada (Conférence des évêques catholiques du Canada)

Marie-Ève Duval