VERS LA PENTECÔTE

Père Ébodé Onambélé Benjamin, m.s.a.

VERS LA PENTECÔTE

D’une manière particulière qui ne nous est pas familière, nous allons cette année célébrer la Pentecôte, qui est la descente de l’Esprit Saint sur les Apôtres réunis en prière, cinquante jours après Pâques. C’est un événement qui vient opérer un changement total au sein du groupe apostolique.

Bien-aimés du Seigneur, la distanciation sociale, le lavage des mains et les masques sont les maîtres mots à respecter et à pratiquer pour éviter la propagation de la Covid-19. Avec la Pentecôte, nous sommes plutôt dans la propagation de la Bonne Nouvelle du salut apporté par le Ressuscité. Le feu de l’Esprit Saint qui avait envahi les Apôtres avait réduit la distanciation sociale qui existait entre les Juifs et eux. Le masque qui maintenait close leur bouche tombait à la Pentecôte ; ainsi ont-ils pu proclamer les merveilles de Dieu ; ils ont pu annoncer le Christ Vivant et Vainqueur de tout mal. En signe de charité réciproque et d’envoi en mission, les Apôtres ne se sont pas lavés les mains comme Pilate, mais ils ont laissé que Jésus leur lave les pieds.

Bien-aimés du Seigneur, nous sommes les Apôtres d’aujourd’hui, appelés à conduire l’humanité vers une pentecôte de remise en question, de relations, de purification et de charité.

Vers une pentecôte de remise en question

Il était tant que la personne humaine se remette en question. La vie au quotidien a longtemps vibré au rythme de la planification, de la programmation. Aucun résultat ne devait et ne pouvait nous surprendre. L’Esprit n’avait aucune place dans notre planification minutieuse. C’est ainsi que le bouton pause est venu tout remettre en question. Cette remise en question commence par nous-même. Il n’est plus question de vivre comme un être dépourvu de bonté, mais de savoir mettre un peu d’humanité dans notre fonctionnement. Prendre du temps pour soi et pour ceux qu’on aime. Prendre du temps pour accueillir l’Esprit, ses fruits et ses dons. Prendre le temps de s’occuper sans pression aucune.

À part la remise en question personnelle, il y a aussi celle du système dans lequel nous sommes. La remise en question de nos structures, qu’elles soient ecclésiales ou sociales, sur lesquelles reposaient nos sécurités, était nécessaire et urgente. La crise sanitaire est venue déplacer nos sécurités pour nous rappeler notre fragilité et notre vulnérabilité. Plusieurs autres remises en question ont certainement été à l’ordre du jour. Nous avons également, sans doute, revu notre fonctionnement habituel. Le fait que nous soyons brusquement empêchés de rencontres relationnelles, devrait nous conduire à une pentecôte de relations.

Vers une pentecôte de relations

Naturellement, toute personne humaine est un être de relations. Elle se nourrit de relations. Le rôle de l’Esprit dans la relation humaine peut se situer à deux niveaux. Sur le plan individuel, l’homme est de l’intérieur transformé par l’Esprit qui l’aide à se faire proche de ceux qui l’entourent. Il crée en lui « un espace de communication où règne la gratuité du don mutuel ». L’homme va se donner sans méfiance à l’autre qui est son prochain. Par-là, « une nouvelle humanité surgit, un nouveau rapport entre les hommes s’instaure grâce à l’action de ce don exigeant puisqu’il appelle en retour un contre-don, celui de la reconnaissance de l’autre en tant que manifestation particulière de l’Esprit ».

Quand l’Esprit se manifeste, la nouveauté voit automatiquement le jour, et on entre dans le grand projet divin. La Pentecôte de la relation devient donc pour l’être humain, ce renouvellement à fond divin, sous la mouvance de l’Esprit, de toute relation humaine. Ainsi dans ses rapports avec autrui, la personne humaine va accorder une place nécessaire à l’Esprit. Dans les relations, l’intérêt pourra céder la place à la gratuité, la méfiance à la confiance, l’exploitation à la charité, l’indifférence à l’attention et les conflits à la paix.

Vers une pentecôte de purification

Nous vivons un temps favorable pour notre sanctification. Déjà, dans le livre du Lévitique, Dieu dans le « Code de la sainteté », nous adresse cette invitation : « soyez saints car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2). Pour nous aider à répondre à cette vocation à la sainteté, Dieu peut permettre certaines situations qui provoquent en nous une crise de conscience pour nous conduire à une prise de conscience. La sainteté est à la fois : un appel, un don, une grâce et un commandement.

Pour se sanctifier, il faut à la fois retirer et se retirer. Retirer de notre vie tout ce qui est «amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté» (Ep 4, 31). Retirer de notre vie tout ce qui nous détourne du Dieu saint, ce qui nous éloigne de lui et fait de nous des profanes. Prendre conscience que nous sommes des mis à part et que nous devons entretenir la vie éternelle déposée en nous.

Pour se sanctifier, il convient par ailleurs de se retirer. Se retirer pour entrer dans notre univers interne, pour descendre dans notre cœur profond. Se retirer du monde mouvementé, angoissé, stressé sous la pression de la concurrence, la compétitivité et du résultat. Prendre ses distances avec la dictature du résultat et du gain. Se retirer des lieux pollués par des bruits qui nous empêchent de nous écouter et d’écouter Dieu ainsi que la nature. Le rôle de l’Esprit Saint au sein de la Sainte Trinité, consiste à sanctifier. Que la Pentecôte 2020 nous conduise vers une sanctification, une purification de nous-même, de nos idées préconçues, de nos relations les uns envers les autres, de nos lieux de culte, de nos familles et de nos convictions.

Bien-aimés du Seigneur, chers frères et sœurs dans le Christ, à quelque chose malheur est bon ! Que ce temps d’épreuve soit pour nous un temps favorable qui nous permettra de laisser la place aussi à l’Esprit dans nos initiatives, nos entreprises, notre vécu au quotidien ; pour que tombe la prétention de toujours avoir le contrôle. Que le feu de l’Esprit Saint envahisse nos cœurs, nos familles et notre Église. Et que la Vierge Marie, Temple du Saint-Esprit, Reine-des-Cœurs intercède pour nous.

En tout, loué soit Jésus-Christ !

Père Benjamin Ébodé Onambélé , m.s.a.